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L’histoire de ces deux nantaises nous fut portée par plusieurs voix et reçue à des époques différentes pour chacun.e des membres de notre collectif et des participantes à ce projet. Pour beaucoup d’entre nous, ce fut d’abord le livre de François Leperlier « Claude Cahun, l’Exotisme intérieur » publié en 2006 aux éditions Fayard qui nous a permis de découvrir leurs engagements antifascistes et leurs actions de résistance. Pour d’autres, ce fut la visite d’exposition comme celle au Jeu de Paume en 2011 ou encore celle à Nantes en 2015 « Claude Cahun et ses doubles » … ou encore grâce à l’article d’Elisabeth Lebovici et de Catherine Gonnard dans Femmes/artistes, artistes femmes. Paris, de 1880 à nos jours, paru aux éditions Hazan en 2007.
Ce fut dans les années 90 que la mise en récit de leur histoire et tout particulièrement la construction du « génie Claude Cahun », reléguant dans l’invisibilité et le silence Suzanne Malherbe aussi connue sous le pseudonyme de Marcel Moore, se déploya alors que ce couple d’artistes avait une pratique collective établie et des pratiques individuelles. Depuis, une foule d’ouvrages et d’articles forme de multiples couches de substrats qui rendent kaléidoscopiques les fragments qui nous sont parvenus de l’œuvre-vie construite par Claude Cahun et Marcel Moore.
« S’indéfinir. « M », « S.M. », « Claude Courlis », « Daniel Douglas », « Claude Cahun », « Der Soldat ohne Namen » : tant de pseudonymes différents qui renvoient tous, à des moments précis, à l’auteure-artiste Lucy Schwob, fille de Maurice Schwob, directeur du Phare de la Loire, et nièce de l’écrivain symboliste Marcel Schwob (…) Le choix du pseudonyme – unique dans ce cas-ci – de Suzanne Malherbe, compagne de vie et fidèle collaboratrice de Cahun dès 1912, est plus énigmatique : quel désir a pu amener Suzanne Malherbe à signer son œuvre graphique « Marcel Moore », ou simplement « Moore » ? Nous ignorons tout pour l’instant du jeu de références, de la filiation, traduits par le pseudonyme masculin auquel elle a eu recours tout au long de sa carrière de peintre-graphiste. » Andrea Oberhuber et Alexandra Arvisais « Noms de plume et de guerre : Stratégies Auctoriales dans la démarche collaborative de Claude Cahun et (Marcel) Moore ».
Bien qu’à la recherche du sexe neutre (Aveux non avenus, p. 176), le vocabulaire restreint de l’époque contraint Claude Cahun et Marcel Moore à se définir comme femmes (cisgenres) et d’accepter ainsi le pronom « elle ». Il fut toutefois souvent réfuté par l’usage de multiples pseudonymes convenant à leurs identités plurielles. Nous avons collectivement décidé de nous coller aux déterminants historiques ainsi qu’à la propre autodétermination de CC et MM pour élaborer cette cartographie.
« Qu’il entre dans cette œuvre protéiforme par la porte des autoportraits spectaculaires ou par la fenêtre la plus étroite des écrits, […] le [la] regardant[e]-lisant[e] se voit pris dans un mouvement de balancier défiant tout équilibriste. Car chaque texte renvoie à un autre texte, chaque image renvoie à une autre image ; chaque œuvre picturale trouve son « reflet » dans un des textes littéraires, essayistes ou politiques – des poèmes en prose, des nouvelles et des récits de soi côtoient un essai poétique, des tracts et des pamphlets -, chaque texte fait surgir devant l’œil imaginaire un autoportrait, un photomontage, un objet surréaliste un tableau photographique, un instantané ou un portrait d’artiste. » [Andrea Oberhuber, « Entre », dans Andrea Oberhuber(dir.), Claude Cahun : Contexte, posture, filiation. Pour une esthétique de l’entre-deux, Actes de colloque, Montréal, Département des littératures de langue française/Université de Montréal, 2007, p.14.]
C’est la première fois depuis la création de Queer Code que nous nous retrouvons submergées par une telle foisonnante documentation. D’habitude, nous sommes face au vide causé par la destruction des archives par les résistantes elles-mêmes ou par leurs familles ou par les nazis et ou encore les autorités vichyssoises… et au silence entourant leur vie construit par l’hétéronormativité de notre société et parfois par les stratégies de survie de ces femmes. Là, nous sommes face à une guerre de tranchée passionnelle d’idées et d’hypothèses à leurs sujets, autant de points de vue que de passions suscitées par ce couple et leurs doubles.
Pour continuer de découvrir Claude Cahun et Marcel Moore, nous avons répondu à l’invitation d’activistes queers nantaises, Eve et Clara, rencontrées en 2018 aux Champs Libres à Rennes lors de notre atelier de présentation du parcours de la résistante Thérèse Pierre. Nous avons organisé avec elles en février 2019 une visite à la bibliothèque de Nantes, qui conserve un fonds important de documents, photographies et tapuscrits, un atelier participatif au Centre NOSIG et une rencontre avec la conservatrice Claire Lebosse et sa collègue au Musée des Beaux-Arts de Nantes.
Visite du Fonds patrimonial à la Bibliothèque Municipale de Nantes Atelier participatif au NOSIG à Nantes Rencontre avec l’équipe en charge de la conservation des œuvres de Claude Cahun et Marcel Moore au Musée Des Beaux Arts de Nantes